La presse catholique bat "campagne" contre le droit de mourir en dignité

Written by Mireille Kies
Wednesday, 17 December 2008

La presse catholique est entrain de souffler un vent de terreur ayant pour seul but de semer le doute et de créer l’angoisse dans le coeur et l’esprit d’une majorité de citoyens luxembourgeois, qui ignorent jusqu’au sens même de la loi sur l’euthanasie, du fait que « leur journal » ne pratique que désinformation en cette matière, ne laissant jamais place au moindre débat contradictoire et démocratique. Ce qui constitue en fait un grave abus de pouvoir, d’autant que cette presse - au même titre que les autres éditoriaux - bénéficie des deniers publics.

Voici quelques objections aux affirmations généralement répandues par les opposants de la loi sur l’euthanasie :

« Une telle loi pourra faire pression sur les plus vulnérables de notre société, comme les personnes âgées ou les personnes dépendantes… »
• NON, l’esprit même de la loi sur l’euthanasie est fondé sur le principe du « libre-choix » de chacun.

• Toute personne peut établir un testament de vie, dans laquelle elle fixe les conditions sous lesquelles elle veut recevoir ou non des soins, voire une aide à mourir. Cette déclaration reste valable cinq ans et doit être régulièrement renouvelée. La personne ne pourra faire état de cette disposition que lorsqu’elle se trouvera dans une situation de souffrance physique et/ou psychique, due à une affection accidentelle ou à une pathologie grave et incurable. Cette disposition peut être annulée à tout moment.

• De plus, cette loi permettra d’endiguer les euthanasies clandestines qui se pratiquent de manière hypocrite, et cela bien souvent sans l’avis du patient. Les euthanasies non justifiées sont plus facilement réalisables dans l’anonymat que si des procédures légales sont prévues. Ainsi, la législation en Belgique a permis le recul significatif des pratiques clandestines.

« Les soins palliatifs seraient suffisants »

• Il existe des situations où les meilleurs soins palliatifs ne sont plus que torture pour un patient en fin de vie. Il se trouve que certains patients sont parfois allergiques à la morphine. Il est aussi des cas où la thérapie de la douleur est impuissante, comme par exemple, dans certain cancers gravement mutilants, tel le cas de Chantal Sébire; les affections neuromusculaires évolutives mortelles, la sclérose en plaque, la maladie de Charcot, les cancers généralisés… Ces malades gardent l’esprit vif mais sont emprisonnés dans leur corps. C’est aussi le cas de certains accidentés devenus hémiplégiques, comme l’étaient Vincent Humbert ou Ramon Sampedro. Toutes ces affections engendrent de grandes souffrances mais bien souvent le décès n’est prévisible qu’à longue échéance.

« Les soins palliatifs sont opposés à l’euthanasie »

• En Belgique, le processus de légalisation de l’euthanasie (2002) a été intimement lié au développement des soins palliatifs tant au niveau éthique que professionnel, politique et financier. Les médecins peuvent intégrer l’euthanasie dans un modèle des soins palliatifs : les soins palliatifs réduisent l’acharnement thérapeutique et donnent aussi le cas échéant le droit au patient lorsque rien ne va plus de solliciter explicitement une euthanasie active par un médecin consentant qui dans ce cas sera dépénalisé, sous de strictes conditions de fond et de procédure. Tout est mis en œuvre pour permettre aux mourants de bénéficier de ces droits, notamment à domicile. Par ailleurs, il est souvent constaté que les patients sachant que leur demande serait accordée au moment souhaité, meurent apaisés dans les unités de soins palliatifs, sans faire appel à l’euthanasie.

« Il n’est pas nécessaire de légiférer sur l’euthanasie car les demandes seraient peu nombreuses…. »

• A ce discours, le Dr. Dominique Lossignol (cancérologue à l’ Institut Bordet de Bruxelles) réplique : « il n’y aurait qu’un cas par an, il faudrait lui donner toute l’attention et le respect qu’il mérite, mais bien évidemment dans un contexte de liberté et de sécurité, à la fois pour le patient et le médecin ».

En quoi « la main d’un tiers » devrait-elle être jugée indigne dès lors qu’il s’agit d’un acte d’humanité, en réponse à un ultime appel au secours ?